Mille aiguilles: imagine que tu les enfiles toutes avec un fil droit” Yoko Ono

Si l´on pense que le sublime est quelque chose qui réside dans les objets sensibles naturels l´on se trompe. Bien que le sentiment du sublime parte de l´angoisse produite par l´incommensurabilité de l´informe, l´indéfini, le chaotique et l´illimité, ce qui conte de cette expérience pour Kant est le dépassement de la douleur, la synthèse entre l´esprit et la nature, la faculté que nous avons de juger et de jouir des choses qui nous menacent. C´est dans ce sens-là que Javiera Hiault-Echeverría œuvre avec le sublime, en faisant du finit avec de l´infini. Elle domestique des volcans, soigne des pierres, pétri des tragédies. Ces gestes lui sortent de la main presque directement de ses rêves. Artiste médium, rêveuse insatiable elle fait face à ses craintes et cauchemars de catastrophes naturelles aiguille en main telle une épée : « Je ne dessine pas les volcans sur la surface avant de broder, fil et aiguille entrent en rapport direct avec le support ; ainsi les volcans que je brode apparaissent comme un dessin instinctif et abrévié de volcans imaginaires.. le fait de broder ces éléments du paysage connotés pour leur caractère violent et entropique, fait apparaître un paysage protecteur et évocateur d ‘un monde intime, tout en transformant la peur véhiculée par la catastrophe », nous dit l´artiste. Ses origines chiliennes l´ont familiarisées aux tremblements de terre et aux tsunamis, le familier est pour elle l´inquiétant, le « unheimlich », ce qui aurait dû rester caché, secret, mais se manifeste selon Freud. Processus inverse donc, faire redevenir secret, caché, soustraire aux regards étrangers le dangereux à travers des techniques évocatrices de la lenteur et du calme.

Noëlle Lieber, Artiste et Chercheuse